comment te dire ?


Non classé / lundi, mars 30th, 2026

Je ne sais pas comment vous dire

 

Comment vous raconter l’histoire depuis le début…

 

Depuis la naissance du projet sioniste à la fin du XIXe siècle comment vous racontez que ce projet est né à la fois de la vague d’antisémitisme qui traversait l’Europe et dont l’affaire Dreyfus n’est que l’un des terribles exemples mais qu’il était aussi dès l’origine, un projet colonial, complètement fou dont une immense majorité de juifs européens, refusait, l’idée et le principe

 comment vous racontez comment après l’abomination nazie après les camps, après la Shoah,  comment un état vit le jour en terre de Palestine avec le soutien des pays occidentaux qui voyaient là une bonne manière de s’implanter en terre  Arabe et aussi de se débarrasser en même temps des juifs d’Europe.

Comment vous racontez 80 ans de politique de colonisation, de plus en plus violente, niant les droits d’un peuple,  80 ans d’humiliation  permanente d’une population civile, la torture, l’emprisonnement abusif, l’expropriation des terres, l’arrachage des oliviers, le rebouchage des puits  d’eau L’installation d’un régime d’apartheid dans une fausse démocratie mais une vraie théocratie, et aussi surtout la complicité permanente des puissants de ce monde qui se sont tues sous le poids de leur culpabilité lié à l’holocauste avec aussi l’appât du gain, et cette passion dévorante pour la domination des hommes et des terres

Comment vous faire comprendre la création et le financement par l’État d’Israël, de mouvements islamistes comme le Hamas pour empêcher toute création d’un état palestinien sur cette terre.

Comment vous expliquer cette hypocrisie profonde. Ce mensonge permanent cette duplicité qui produit elle-même les futurs assassins de son propre peuple… ?

Comment vous raconter l’embrigadement, la propagande, le formatage, des cerveaux d’une société qui se radicalise, et qui progressivement, décide de l’extermination de l’autre ?

Comment réussir à vous faire, comprendre que le massacre du 7 octobre, une abomination, n’est que le fruit et le résultat d’une longue et lente, politique de destruction et de désir d’annexion.

Comment vous dire l’horreur de trois ans de génocide du massacre, des enfants, des femmes, des journalistes,  des médecins et du personnel soignant ,des militants des organisations humanitaires, la destruction des écoles, des hôpitaux, le massacre, probablement de + de 200 000 personnes , l’utilisation de la famine comme arme de guerre, et tout cela, sans aucune retenue, sans aucun aucune mise au banc de la communauté internationale, ni boycott économique, culturel,  sportif, qui aurait pu être le minimum des réactions face à l’horreur…

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Comment te raconter enfin ma tristesse d’entendre, mon voisin me dire que ça ne le concerne pas parce que c’est loin parce que ce sont des arabes parce que ceci n’est pas son problème

Comment te raconter ma tristesse et ma colère face à ce monde qui m’entoure et qui préfère détourner les yeux, baisser la tête, se boucher les oreilles et qui ne comprend pas qu’il se rend lui aussi complices de ces injustices de ces massacres de ce génocide.

Comment vous raconter tous nos espoirs durant toutes ces décennies… Toutes les étapes, toutes les tromperies, tous les mensonges, et tous ceux qui sont tombés, de Yasser, Arafat, à Itsak Rabbin et tout dernièrement, notre plus grande compagne de lutte Leila Shahid, qui a préféré se donner la mort face aux gouffres de son désespoir

Comment te raconter le nôtre de désespoir, notre colère, et aussi notre perpétuel espoir d’y croire encore et toujours ..

croire encore à l’égalité des êtres,  croire aux droits de tout un chacun à  vivre sur cette terre en paix avec son voisin

Croire encore, et malgré tout à la justice, au droit international, aux droits de l’homme, aux droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, à croire donc à ce en quoi nous avons toujours cru, mais qui semble malheureusement s’envoler dans le vent sous la violence, des bombes, la violence des intégrismes, la violence des puissants qui dirigent le monde,

Comment te raconter ma tristesse et ma colère contre celui qui me traite d’antisémite, crachant ainsi sur mon histoire et ma famille, sur ces dizaines de millions de juifs par le monde qui ont honte de ce qu’on l’ose faire soi-disant en leur nom. Honte à ceux-là et à ceux qui veulent par la loi, par leur fausse justice, bâillonner les courageux dénonciateurs d’un génocide. Et merci à l’Espagne, l’Irlande et l’Afrique du sud d’avoir porter haut et fort une voix de justice dans ce monde d’assassins. Et honte à la France qui a bien su conserver ces petites alliances avec les génocidaires pour faire prospérer ses intérêts.

Comment vous faire entendre mon impatience que ces responsables, de Nethanayou à Trump en passant pas les dirigeants européens complices soient enfin jugés pour crimes contre l’humanité et crime de guerre.

Comment vous dire mon impuissance à faire entendre ces voix ?

Et comment vous dire l’absolue nécessité d’être ici réunis, ensemble avec vous, avec des millions d’autres personnes dans le monde

 

 

Poème de Mahmoud Darwich 

Ici nous resterons

Gardiens de l’ombre des orangers et des oliviers
Si nous avons soif nous presserons les pierres
Nous mangerons de la terre si nous avons faim mais nous ne partirons pas !
Ici nous avons un passé un présent et un avenir

 

 

 

 

 

Je résisterai

Je perdrai peut-être – si tu le désires – ma subsistance

Je vendrai peut-être mes habits et mon matelas

Je travaillerai peut-être à la carrière comme portefaix, balayeur des rues

Je chercherai peut-être dans le crottin des grains

Je resterai peut-être nu et affamé

Mais je ne marchanderai pas

O ennemi du soleil

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

 

Je résisterai

Tu me dépouilleras peut-être du dernier pouce de ma terre

Tu jetteras peut-être ma jeunesse en prison

Tu pilleras peut-être l’héritage de mes ancêtres.

Tu brûleras peut-être mes poèmes et mes livres

Tu jetteras peut-être mon corps aux chiens

Tu dresseras peut-être sur notre village l’épouvantail de la terreur

Mais je ne marchanderai pas

O ennemi du soleil

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai

Tu éteindras peut-être toute lumière dans ma vie

Tu me priveras peut-être de toute tendresse de ma mère

Tu falsifieras peut-être mon histoire

Tu mettras peut-être des masques pour tromper mes amis

Tu élèveras peut-être autour de moi des murs et des murs

Tu me crucifieras peut-être un jour devant des spectacles indignes

O ennemi du soleil

Je jure que je ne marchanderai pas

Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines

Je résisterai.

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Ce poème de SAMI AL QASIM , palestinien de 1948 ( 1939-2014 ) a été envoyé par Georges Ibrahim Abdallah*, pour ces vœux 2020.

 

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